lundi 21 mai 2018

Interview de Camille Pepin, compositrice

La prochaine édition du festival Messiaen au Pays de la Meije, qui aura lieu du 27 juillet au 05 août 2018, a commandé plusieurs oeuvres à des compositeurs. Nous sommes partis à la rencontre de quelques uns d'entre eux afin de mieux les connaître ou de vous permettre de les découvrir.

Camille Pepin, une jeune compositrice française aux premières créations remarquées et récompensées, est la première à avoir accepté de répondre à nos questions. Elle évoque notamment l'oeuvre qu'elle a créée pour le festival Messiaen, qui sera jouée le 3 juillet 2018: Dancing Poem pour voix, violoncelle et piano. 


Copyright©Natacha Colmez-Collard

Née en 1990, Camille Pépin débute ses études musicales au Conservatoire à Rayonnement Régional d’Amiens. Elle intègre le Pôle Supérieur de Paris où elle étudie l’Arrangement avec Thibault Perrine, puis le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris où elle obtient cinq premiers prix : Orchestration, Analyse, Harmonie, Contrepoint, et Fugue & Formes.

Sa pièce d’orchestre Vajrayana remporte le Prix du Jury et le Coup de Cœur du public au Concours de Composition Île de Créations 2015. Créée à la Philharmonie de Paris par l’Orchestre National d’Île de France sous la direction de Nicholas Collon, elle fait l’objet d’une émission Alla Breve sur France Musique. Camille obtient la même année le Grand Prix SACEM Musique Symphonique « jeune compositeur », qui lui est remis par Thierry Escaich lors de la cérémonie des Grands Prix Sacem aux Folies Bergères à Paris. Durant l'été 2016, le Festival Jeunes Talents à Paris lui commande une oeuvre en hommage à Henri Dutilleux (Sonnets) qui remporte le Prix du Public. Le festival programme également sa pièce Luna écrite tout spécialement pour l'Ensemble Polygones.   En 2017, Camille est compositrice invitée et première marraine du Festival Présences Féminines de Toulon qui lui commande deux oeuvres pour cette occasion :  Chamber Music sur des poèmes de James Joyce (Ensemble Polygones, la mezzo-soprano Fiona Mcgown et le chef d’orchestre Léo Margue) ; et Indra en hommage à Lili Boulanger pour Célia Oneto Bensaïd (piano) et Raphaëlle Moreau (violon). Elle est en résidence au Festival de l’Académie d’Aix-en-Provence en juillet 2017 pour la création de Lyrae, cocommande du festival et de Pro-quartet pour quatuor à cordes, harpe et percussions (Quartet Gerhard, Anaëlle Tourret, Dorian Selmi). Camille reçoit le Prix d'Encouragement Musique de l'Académie des Beaux-Arts en novembre 2017.

 Mettant un point d’honneur à la pratique de l’orchestration et de l’arrangement, Camille collabore sur divers projets en tant qu’orchestratrice.  En 2016 et 2017, elle  travaille également en collaboration avec le pianiste Issam Krimi et  l’Orchestre Philharmonique de Radio France sur le projet « Hip-Hop Symphonique » dirigé par Dina Gilbert pour lequel ils orchestrent des titres de Mc Solaar, BigFlo & Oli, IAM, Youssoupha, Les Sages Poètes de la Rue, Georgio, Gaêl Faye, Oxmo Puccino, Black M et Ärsenik.

Les oeuvres et orchestrations de Camille sont jouées par les ensembles les plus prestigieux (Orchestre National d’Île de France, Orchestre Colonne, Orchestre Philharmonique de Radio France, Orchestre National de Lyon, Orchestre de l’Opéra de Toulon, Orchestre de Picardie, Célia Oneto Bensaïd et Raphaëlle Moreau, Ensemble Polygones, Marie-Laure Garnier, Thibault Lepri, Anaëlle Tourret, Michel Supéra, Macha Belooussova, James Campbell, Sabine Meyer, Alliage Quintet etc…) et lors de nombreux festivals (Festival Présences, Festival Jeunes Talents à Paris, Festival de l’Académie d’Aix-en-Provence, Festival Présences Féminines, Festival Messiaen, Festival Jazz à Vienne,  Festival de Musique de Chambre de Giverny, Festival La Grange aux Pianos, Festival Europart à Bruxelles etc…)

Plusieurs autres oeuvres de Camille Pepin seront créées en France prochainement:  sa pièce d'orchestre La Source d'Yggdrasil sera créée par l'Orchestre Colonne sous la direction de Débora Waldman en juin (Aide à l’écriture d’une oeuvre musicale originale du Ministère de la Culture), Autumn Rhythm écrite pour le concours Long-Thibaud-Crespin pour violon et piano sera créée en novembre à l'Auditorium de Radio France. Camille est compositrice en résidence à l'Orchestre de Picardie pour l'année 2018. Elle sera également en résidence de musique de chambre au Festival Musique au bois à Creuse et au Musikstage de Mondsee en septembre 2018.

Camille est lauréate de la Fondation d’Entreprise de la Banque Populaire. Ses oeuvres sont éditées aux éditions Jobert et Durand-Salabert-Eschig.




Pouvez-vous définir en quelques mots votre activité de compositrice ? 


En quelques mots, c’est difficile mais écrire est pour moi un besoin vital et un véritable moyen d’expression. Il est parfois plus facile de s’exprimer avec des notes et des couleurs qu’avec des mots. C’est aussi un refuge et exutoire qui me permet parfois de lutter contre toutes les atrocités qui assaillent le monde.

Quelle formation de compositrice avec-vous suivie ?


Je n’ai jamais suivi de cours de composition à proprement parler car j’ai étudié l’Ecriture au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSMDP) avec Thierry Escaich, Pierre Pincemaille, Fabien Waksman ; l’analyse avec Claude Ledoux et l’Orchestration avec Marc-André Dalbavie. J’ai également étudié l’Orchestration au Conservatoire d’Aubervilliers avec Guillaume Connesson. J’ai ainsi pu bénéficier des conseils de ces compositeurs que j’admire sans toutefois être dans un cursus de composition. L’étude de partitions et aller aux concerts sont essentiels pour apprendre et se forger un style d’écriture personnel : c’est donc ainsi que j’ai toujours fonctionné et fonctionne toujours. Etudier les oeuvres des autres compositeurs - morts ou vivants - est une vraie source d’inspiration et de réflexion. Je pense que la composition s’apprend chaque jour et toute la vie durant. Les styles peuvent évoluer et je remarque déjà - malgré mon court catalogue - que ma musique n’est plus tout à fait la même aujourd’hui que dans mes premières compositions, et je l’espère en perpétuelle évolution dans les oeuvres futures ! L’orchestration est un paramètre très important dans ma démarche de composition.

Vous avec une activité d’arrangeur pour des artistes pop ou hip-hop : la concevez-vous comme une activité alimentaire ou choisissez-vous soigneusement les musiciens pour lesquels vous travaillez et selon quels critères ?


Arranger et orchestrer ne sont pas des activités alimentaires ! C’est une autre passion ! Je sélectionne de la même façon les projets d’orchestration que les commandes de créations et c’est toujours le coeur qui parle ! Orchestrer pour le Hip-Hop Symphonique a été très enrichissant pour plusieurs raisons. Tout d’abord, l’orchestre est un véritable terrain de jeu et les possibilités de couleurs et d’alliages de timbres sont infinies. Cela m’a amenée à imaginer des textures auxquelles je n’aurais pas pensé autrement. Aussi, l’enjeu dans cette musique urbaine est un peu différent de la musique « classique ». Il faut à la fois respecter la musique originale, recréer acoustiquement les techniques de post-production sonores, tout en veillant aux équilibres entre le rappeur et l’orchestre et à la bonne compréhension du texte rappé. Un vrai défi ! 

Quelles influences musicales vous reconnaissez-vous ?


Je reconnais dans ma musique l’influence française des compositeurs comme Debussy et Dutilleux (et tout particulièrement leur orchestration), les musiques de ballets de Stravinsky et Tchaikovsky, les rythmes et couleurs modales de Bartok, ainsi que la musique répétitive de Steve Reich.



Quels sont vos compositeurs fétiches ?


Debussy, Dutilleux, Stravinsky, Ligeti, Bartok, et Reich !

Quelle est l’œuvre que vous avez composée dont vous êtes la plus fière ?


Je pense qu’il s’agit de Chamber Music pour mezzo-soprano et ensemble composée sur des poèmes de James Joyce. Il s’agit d’une commande écrite spécialement pour la merveilleuse Fiona McGown (qui créera les Dancing Poems également) et l’Ensemble Polygones.


Vous êtes invitée par le festival Messiaen au pays de la Meije : que représente pour vous Olivier Messiaen ?


Messiaen est un compositeur que j’aime particulièrement pour plusieurs raisons dans lesquelles je me reconnais parfois : son utilisation des rythmes hindous, la modalité, ses couleurs orchestrales, son inspiration de la nature… Mais au-delà de son talent de compositeur, nous lui devons aussi beaucoup pour son enseignement en tant que professeur d’analyse au CNSMDP ou encore par le biais de ses traités. Ses métiers d’organiste, de compositeur et de professeur ont fait de lui un véritable modèle pour les créateurs qui lui ont succédé ! J’ai étudié au CNSMDP dans les classes d’écriture de Thierry Escaich et de Pierre Pincemaille ainsi que dans la classe d’analyse, et sa « présence » est encore très forte !

La personnalité de vos interprètes, en l’occurrence, Fiona McGown et Anne Le Bozec influence-t-elle votre travail d’écriture ?



Absolument ! Le magnifique timbre de mezzo-soprano Fiona McGown et toutes ses possibilités de couleurs (suavité du grave, chaleur du médium, puissance dans l’aigu) m’ont beaucoup inspirées pour cette oeuvre. Aussi, Fiona a une diction anglo-saxonne merveilleuse et c’est pour cela que j’ai choisi de mettre en musique des poèmes américains et irlandais (Yeats, Carlos Williams et Eliot). C’était évident pour moi de mettre en musique la langue anglo-saxonne pour Fiona, qui en fait ressortir toute la musique des mots ! J’ai également imaginé des sonorités et des couleurs délicates qui s’articulent autour de la voix grâce aux jeux à la fois subtils et précis, mais aussi chaleureux et magnétiques de Yan Levionnois et d’Anne Le Bozec. Ecrire pour de tels interprètes est un réel plaisir, et aussi très inspirant ! J’ai beaucoup de chance.

L’œuvre qui sera créée, le lundi 30 juillet au festival Messiaen au pays de la Meije s’intitule « Dancing Poems » : pourquoi ce titre ?


Ce choix de poèmes autour de la danse m’est venu à la lecture de cette phrase du poète américain Ezra Pound dans son ABC of Reading : « Music begins to atrophy when it départs too far from the dance… Poetry begins to atrophy when it goes too far from music » (« La musique commence à s’atrophier lorsqu’elle s’éloigne trop de la danse…. La poésie commence à s’atrophier lorsqu’elle s’éloigne trop de la musique »). C’est cette phrase qui m’a inspirée pour les Dancing Poems. Véritablement pensée avec un rapport au corps, ma façon de concevoir le rythme est plus spontanée qu’intellectualisée et traduit ma fascination pour la danse. Pour moi, composer, c’est quelque part le point de rencontre entre la musique, la poésie et la danse.

 Pouvez-vous commenter cette œuvre pour aider sa découverte par le public du festival ?


Dancing Poems est un cycle de quatre mélodies d’après les poèmes At the Still-Point d’Eliot, Slow Movement de Carlos Williams, To a Child dancing in the Wind et Those dancing days are gone de Yeats. J’ai immédiatement imaginé le timbre magnifique de Fiona entremêlé à celui du violoncelle - instrument que j’affectionne particulièrement. Dans ce cycle pour mezzo-soprano, violoncelle et piano, les couleurs et les timbres se mélangent de manière à créer un halo sonore résonnant et flottant autour de ces trois instruments. Ce halo contribue à donner une ambiance intime et lumineuse, à retrouver ce point particulier de rencontre entre la musique, la danse et la poésie. Le cycle est également imprégné de rythmes répétitifs et dansants et les mélodies sont construites sur des formes simples utilisant des refrains. Cela confère à l’ensemble une couleur populaire, propre à l’expression de la danse.

mercredi 3 janvier 2018


En 1998 le premier Festival Messiaen est créé à La Grave ... … du 27 juillet au 5 août 2018, le Festival Messiaen au Pays de la Meije fêtera ses 20 ans sur le thème "La musique russe selon Messiaen".

Le programme complet de l'édition 2018 sera en ligne le 15 février 2018 sur le site : www.festival-messiaen.com



Tristan Murail vient d'être nominé aux Victoires de la Musique  2018 dans la catégorie "compositeur de l'année" pour la création mondiale de "Sogni, Ombre et fuomi" au Festival Messiaen au pays de la Meije, le mercredi 26 juillet 2017, dans l'église du Monêtierles-Bains (Hautes-Alpes).

samedi 23 septembre 2017


Réécouter les concerts de la 20e édition sur France Musique

Vous pouvez podcaster les 3 concerts de la 20e édition du Festival Messiaen diffusés sur le site de France Musique dans l'émission "Le concert du soir" d'Arnaud Merlin les 30 août, 6 et 13 septembre derniers

Concert La Nuit Magique de l'Electronique - Partie 1 : 30 août 2017 à 20h
Concert La Nuit Magique de l'Electronique - Partie 2 : 6 septembre 2017 à 20h
Concert Marie Vermeulin et Vanessa Wagner : 13 septembre 2017 à 20h avec pour invité Gaëtan Puaud, directeur artistique du Festival Messiaen au pays de la Meije

https://www.francemusique.fr/emissions/le-concert-du-soir/marie-vermeulin-vanessa-wagner-36495

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mercredi 18 mai 2016

Interview de Malika Yessetova, violoniste au CNSMDP

Cette semaine, le festival Messiaen au Pays de la Meije va s'intéresser à la violoniste du CNSM de Paris, Malika Yessetova. Elle participera, accompagnée de ses collègues, au concert du samedi 30 juillet à 17h. Elle y interprétera des oeuvres de Kurtag, Amy, Louvier et Debussy. Vous pouvez retrouver le programme complet du concert, ainsi que la réservation des places en cliquant sur ce lien.
Voici une brève présentation de cette jeune artiste :

Née au Kazakhstan de parents musiciens, Malika étudie le violon à Riga, à Kiev, et à Paris tout d'abord à L'Ecole Normale de Musique A.Cortot dans la classe de Devy Erlih où elle achève son brillant parcours avec deux  Diplômes Supérieurs de Concertiste de Violon et Musique de Chambre à l'unanimité puis au CNSMDP où elle obtient son diplôme de Master dans les classes de Svetlin Roussev et de Jean-Jacques Kantorow. Aujourd’hui elle y suit la formation diplômante à la pédagogie et le 3e cycle pour le répertoire contemporain et la création (DAI) dans la classe de Hae Sun Kang.

Voulant sans cesse repousser ses limites  artistiques, elle se passionne en particulier pour la musique contemporaine surtout dans le répertoire pour violon seul et de musique de chambre.
Elle a participe à l’Académie du Festival de Lucerne en 2011, 2012, 2013, à ManiFeste 2014 de l’IRCAM et Festival Messiaen  2012, 2015 et 2016.
Elle joue avec IRCAM dans des projets de musique mixte, notamment Anthèmes 2de P. Boulez, Double bind? de U. Chin et Tensio de Ph. Manoury.
Elle a la chance de travailler avec de très grands chefs, compositeurs, les musiciens de l'Ensemble Intercontemporain. Elle crée constamment des pièces pour violon seul ou en musique de chambre.
Depuis 2013/2014 Malika joue régulièrement à l’Orchestre de Lauréats du Conservatoire et à l’Orchestre de Chambre Nouvelle Europe. Elle a été amenée à jouer très récemment avec l’ensemble Linéa, l’Ensemble Interconteporain, l’ensemble Diagonal.  Malika est depuis 2015 violon solo de l’ensemble Les Possibles qui expérimente de nouveaux répertoires, lieux et formats de concert, mêlant les genres et les arts afin de rendre unique chaque expérience d’écoute.
Malika joue le violon dit «Le Parisien» d’Isabelle Wilbaux et de Martin Héroux, prêté par le Mécénat Musical Société Générale.

- L'invitation au festival Messiaen est-elle importante pour vous, quel est votre sentiment quant à la participation à cet événement ?
Evidemment c'est très important pour moi, pour nous. C'est un Festival de musique contemporaine emblématique, célèbre au-delà des frontières françaises. Chaque année il y a beaucoup de  belles créations, de projets très ambitieux. Ici on expérimente, mais avec un haut degré d'exigence esthétique. On a la possibilité de croiser ici de grands compositeurs, de grands interprètes, des acteurs de notre milieu, d'échanger, d'apprendre d'eux. Le cadre est magnifique, le public chaleureux.



- Effectuez vous des représentations en dehors du cadre scolaire, et que vous apporte cette pratique ?

Il faut dire tout d'abord qu'en DAI contemporain (Diplôme d'Artiste Interprète contemporain et création), nous n'avons pas d'examens ou autres obligations purement académiques. On nous considère comme de jeunes professionnels, fleurons de l'institution, qui ont appris les bases du métier et sont là pour aller plus loin. Nous donnons beaucoup de concerts organisés par notre professeur Hae Sun Kang,  le CNSM et leurs divers partenaires. Ainsi on a pu partir pour donner des concerts à Milan, à Montréal, à Monaco, à Manchester, à Barcelone,  ici bien sûr....A chaque fois c'est une aventure humaine et musicale. Nous  apprenons  à inventer, proposer, expérimenter, à être plus libre sur scène. Nous n'avons pas de "cadre". Je joue bien évidemment aussi en dehors des projets du CNSM.


- Quel est votre cursus, est qu'est-ce qui vous a dirigé vers l'étude de la musique contemporaine ?


Je viens d'une famille de musiciens et dès mon plus jeune âge je vis avec ma tante qui est musicologue, pianiste, critique musicale, animatrice d'émission télé et radio sur la musique, secrétaire adjointe de l'Union des Compositeurs au Kazakhstan. Dès ma tendre enfance je suis en contact avec la musique de notre temps que jusqu'à assez récemment je détestais, parce que premièrement  j'ai fait mes classes et toute ma technique sur le répertoire classique et deuxièmement le répertoire 20ème est dirais-je mentalement et physiquement complexe, or le violon classique c'est déjà assez compliqué en soi.  
Mais j'ai lentement évolué tout d'abord grâce à mon professeur feu Devy Erlih, un immense violoniste (et gendre d'André Jolivet) qui à 80 ans passées connaissait entre autres plus de répertoire contemporain mieux que la quasi totalité des jeunes violonistes et professeurs.
Puis une fois par pur hasard j'ai rencontré Jeanne Marie Conquer (violon solo de l'Ensemble Intercontemporain) dans le couloir du CNSM et qui m'a proposé de venir à Lucerne Festival Academy en remplacement "pour passer 3 semaines d'été au bord du lac". Ce n'étaient pas des  vacances, mais un véritable choc musical, car j'ai pu jouer sous la direction de Pierre Boulez et de Peter Eötvös, côtoyer les musiciens de l'EIC. Je n'aurais jamais cru qu'il était possible de s'amuser sur scène en jouant du Stockhausen! Depuis je joue autant que je peux de la musique  20ème et contemporaine.


- Et quelles sont les œuvres qui vous ont le plus marqué ?

Vous savez dans Cadences il y a toujours ce genre de questions "Votre couleur préférée?", "Votre bruit préféré", "Partition que vous emporterez sur une île déserte", etc et pour ma part je ne pourrais pas y répondre, car il y en a tellement qui ont influencé, construit mon identité artistique comme la Sequenza VIII de Berio pour violon ou le Soleil des Eaux de Boulez, qui sont des chefs-d'œuvre à la fois modernes et intemporels. 


- Quelles sont vos ambitions à l'avenir ?

Susciter, assister à la genèse et créer de nouvelles partitions pour violon, participer à des projets fous, voyager, rencontrer des musiciens et artistes de divers horizons. Bref vivre en musique, par la musique et pour la musique.


Nous remercions donc Malika Yessetova d'avoir accepté de donner cette interview, et nous vous retrouvons dans les semaines à venir pour plus d'articles sur les coulisses du festival Messiaen au Pays de la Meije !


dimanche 17 avril 2016

Interview de Antonio Garcia Jorge, saxophoniste au CNSMDP de Paris

Cette semaine, nous nous intéressons à Antonio Garcia Jorge, saxophoniste au CNSM de Paris. Il interprétera des oeuvres de Kurtag, Amy, Louvier et Debussy sur la scène de l'Eglise de La Grave le samedi 30 juillet 2016 au Festival Messiaen au Pays de la Meije. Vous pouvez d'ailleurs réserver vos places en cliquant ici.
 
En 2013 et 2014, Antonio García Jorge se distingue dans de nombreux concours internationaux, remportant trois premiers prix. Ses succès l’emmènent jusqu'en Chine où il donne en Novembre 2015 un récital et des masterclasses à l'auditorium Xi'an. Il est boursier de l'Institut de la Jeunesse du Ministère Espagnol et remporte le prix d'interprétation du Collège de l'Espagne de Paris ainsi que la bourse de la fondation Meyer lui permettant l'enregistrement d'un disque en février 2016 au CNSMDP, sur le thème de la musique espagnole pour saxophone. 
Intéressé par la création musicale et le travail avec les compositeurs de son temps, Antonio collabore à l'IRCAM de Paris et travaille avec des compositeurs comme Fredy Vallejos, Joan Magrané, José Manuel López López, Gilbert Amy et Luis Naon. Il réalise des concerts en tant que soliste avec l'Ensemble de Saxophones du Conservatoire de Versailles, l'Orchestre du CNSMDP, l'Orchestre d'Harmonie de la Ville de Nice, l'Orchestre d’Harmonie “Unión musical Segoviana”, le Kammart Ensemble et l'Orchestre National de l'Andorre. Également attiré par le jeu dans l'orchestre, il collabore régulièrement avec l'Orchestre Symphonique de la Castille et du Léon (OSCyL) et s'est produit au sein de l'Orchestre du CNSMDP dans la grande salle de la Philharmonie de Paris.

Après avoir obtenu son Master au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans la classe de Claude Delangle, Antonio intègre dans le même établissement le troisième cycle (DAI) de musique contemporaine et création. Parallèlement, il y suit un Master de musique de chambre dans la classe de David Walter avec la formation qu'il a co-fondé et avec laquelle il s'est produit dans l'émission "Génération Jeunes Interprètes" et “Alla Breve” de France Musique, le Quatuor Yendo. Antonio est professeur de saxophone au Conservatoire "Oliver Messiaen" à Saint-Maurice (Paris).
 
 
 
- L'invitation au festival Messiaen est-elle importante pour vous, quel est votre sentiment quant à votre participation à un tel événement ?

Le festival Messiaen au Pays de la Meije est un festival de référence de la musique contemporaine. Je suis ravi de pouvoir faire partie de sa programmation pour 2016.
La musique contemporaine est un élément basique dans notre répertoire; montrer le saxophone au grand public à travers la musique de Gilbert Amy me rend heureux et je suis fier de cette invitation, mais en même temps j'ai un grand sentiment de responsabilité.

- Effectuez vous des représentations en dehors du cadre scolaire, et que vous apporte cette pratique ?

Je me produis d'une manière régulière en concert en dehors du cadre scolaire. Je fais partie d'un quatuor de saxophones (Quatuor Yendo: www.yendoquartet.com) avec lequel je fais des concerts, je dois remarquer notre passage sur Radio France (émission Jeunes Interprètes et Alla Breve) et le projet d'enregistrement qui aura lieu en été 2016 au tour des Dances Espagnoles d'Enrique Granados et une commande qu'on a fait au compositeur argentin Luis Naon.
À part ça, je me produis avec le pianiste Alexis Gournel avec lequel j'ai fait des concerts à Madrid, Paris, Xi'an (Chine)... Nous allons enregistrer un CD en octobre 2016 au tour de la SONATE, avec des pièces originales et des transcriptions.
D'autre part j'ai fait partie de la programmation de divers festivals de saxophone ou j'ai eu l'opportunité de jouer en soliste dans des orchestres.

- Quel est votre cursus, est qu'est-ce qui vous a dirigé vers l'étude de la musique contemporaine ? Et quelles sont les œuvres qui vous ont le plus marqué ?

Comme j'ai dit avant, la musique contemporaine est un élément basique dans le répertoire de saxophone. Dans mon parcours j'ai toujours essayé de travailler un répertoire éclectique avec des transcriptions et avec de la musique du répertoire "traditionnel" pour saxophone, mais je défends aussi la création et le répertoire contemporain pour mon instrument.
Le travail des pièces de Berio (Sequenzas) et Le dialogue de l'Ombre double de Pierre Boulez m'a vraiment marqué en tant qu'interprète. Mais le travail qui m'a le plus marqué est le travail direct avec les compositeurs : pendant mes années au CNSMDP j'ai eu la chance de travailler avec des compositeurs comme José Manuel López-López, Gilbert Amy... mais aussi la création de deux pièces: VIA pour saxophone soprano seul (de Joan Magrane) et TANGOS UTÓPICOS pour quatuor de saxophones (de Luis Naon).
 - Quelles sont vos ambitions à l'avenir ?

Tour d'abord, continuer à profiter de la musique! 
Je veux finir mes études de 3ème cycle au CNSMDP ainsi que le master de musique de chambre avec mon quatuor. 
Ensuite, je voudrais continuer à me produire en concert et rester en contact avec différents compositeurs actuels. D'un autre côté, l'enseignement m'attire beaucoup et j'aimerais former une classe pour former des nouveaux musiciens et plus particulièrement des saxophonistes.
 
 
Zone contenant les pièces jointes

mercredi 6 avril 2016

Interview de Ludivine Moreau, élève au CNSMDP de Paris


Le festival Messiaen au Pays de la Meije a toujours voulu mettre en avant les jeunes talents, notamment en programmant chaque année des oeuvres jouées par les élèves des principaux conservatoires de France.
Pour la deuxième année consécutive, nous allons nous intéresser de plus près à ces jeunes qui participeront cet été au festival.
La première à avoir accepté de répondre à nos questions est Ludivine Moreau, du Conservatoire de Paris :




Ludivine Moreau est une flûtiste de 23 ans, actuellement en D.A.I. contemporain au CNSMD de Paris, qui a obtenu son Master au CNSMD de Lyon en Mai 2015. Son parcours franco-allemand lui fait bénéficier des conseils de grands solistes comme Philippe Bernold, Julien Beaudiment et Stéphane Réty. Sa curiosité la pousse à perfectionner ses connaissances sur la musique baroque en travaillant le traverso et  à se pencher en détail sur la musique contemporaine et la création. Elle écrit un mémoire : « Quels rapports les compositeurs américains minimalistes entretiennent-ils avec la société des Etats-Unis ? ».

Elle participe régulièrement à des concerts avec de grands orchestres comme l’Opéra de Paris, l’Orchestre de Chambre de Paris, l’Opéra de Lyon, l’ONL…

Sa passion pour la musique de chambre se concrétise avec le Duo fantasia qu’elle fonde en 2014 avec Lucie Berthomier et qui remporte un contrat avec l’AJAM pour la saison 2015-2016. Elle est lauréate de l’ADAMI et de la fondation Safran.

 Interview :


L'invitation au festival Messiaen est-elle importante pour vous, quel est votre sentiment quant à votre participation à un tel événement ?

Etre invitée au festival Messiaen est pour moi une grande chance ! Je suis très fière de jouer dans un festival si connu et si réputé : c’est un peu comme une sorte d’accomplissement personnel.

Effectuez vous des représentations en dehors du cadre scolaire, et que vous apporte cette pratique ?
J’ai de nombreux concerts en dehors du cadre scolaire : musique de chambre, orchestre… Cette pratique est très importante et surtout vitale : c’est notre métier de monter des projets et de se battre pour les créer et les voir se réaliser ! La musique de chambre est une expérience très riche qui permet de développer sa créativité et son sens du partage. Je savoure cela avec mon duo flûte et harpe créé avec Lucie Berthomier, le Duo Fantasia. L’orchestre apporte d’autres sensations, très puissantes aussi. On fait partie d’un son, d’un univers particulier : chaque membre de l’orchestre est lié aux autres par le chef et par la musique. Il y a une grande puissance qui se dégage de l’envie de partager de chaque musicien.

Quel est votre cursus, qui vous a dirigé vers l'étude de la musique contemporaine ? Et quelles sont les oeuvres qui vous ont le plus marqué ?

J’ai démarré la flûte à 6 ans dans ma ville d’origine, Toulouse, avec Véronique Csillag. Elle m’a fait démarrer avec la musique hongroise : je crois qu’elle m’a ainsi donné le goût pour la musique populaire, pour chercher d’autres choses et fouiller dans tous les répertoires. 

Ensuite j’ai fait mes études au CRR de Toulouse, un an de Licence à la Hochschule de Dresde en Allemagne avec Stéphane Réty qui est devenu mon mentor. Il m’a plongé dans la musique baroque : j’ai ainsi fait beaucoup de traverso. Puis je suis rentrée au CNSMD de Lyon, j’y ai fait ma Licence et mon Master avec Philippe Bernold et Julien Beaudiment. J’ai terminé en Mai 2015 et suis rentrée en Octobre 2015 en D.A.I. contemporain au CNMSD de Paris.
Ce cursus contemporain m’a attiré car il permet de faire de la musique de chambre contemporaine, ce qui n’est pas chose aisée dans un cursus classique : tout le monde n‘est pas partant pour se lancer dans ce langage musical… J’ai monté beaucoup de pièces contemporaines solo et des pièces flûte et piano pendant mes études. Je me régale maintenant en montant des œuvres de chambre avec des gens aussi passionnés que moi pour ce style musical.

Les deux œuvres qui m’ont le plus marqué sont « Le marteau sans maître » de Pierre Boulez et le « Requiem » de György Ligeti. Le premier pour sa complexité d’écriture qui, décortiquée, est juste incroyablement savoureuse et la seconde pour l’état dans lequel elle me met à chaque écoute : un mélange d’angoisse et de transe créé par cette texture et ces mélanges de timbres.

Quelles sont vos ambitions à l'avenir ?J’aimerais pouvoir continuer à jouer tous les styles musicaux et ne pas me cantonner à un seul : je ne veux pas perdre ma curiosité. Je voudrais faire beaucoup de projets de musique de chambre et développer des groupes à effectifs variables pour aborder différents répertoires. Travailler dans un orchestre serait merveilleux et m’apporterait beaucoup. Je souhaiterais continuer le travail de recherche, pour toujours chercher et affuter mes connaissances. J’espère continuer le plus longtemps possible mon travail avec l’IRCAM qui me permet un travail de création totale que j’adore.


Merci à Ludivine Moreau d'avoir répondu à nos questions, et retrouvez la sur la scène du festival Messiaen au Pays de la Meije le samedi 30 juillet à 17h, ainsi que lors des concerts suivants :



15 Avril à 19h30 - Création de la pièce pour flûte seule et électro acoustique de Didier - Rotella - Grande salle du Centre Pompidou
3 Mai - Concert de la classe DAI - CNSMD de Paris, 
26 Mai à 20h30 - Concert à la Mairie de St Mandé